Une porte, et son adéquate dimension

Publié le par Jack Boy

Taxer. La soirée se résume à cela. Il faut toujours trouver une nouvelle chose à aller réclamer ; de l'eau, une cigarette, une bière, des trips, et les réponses sont toujours les mêmes, bien sûr, mec, désolé, mec, j'ai plus rien, he, ho, je suis pas mère Thérésa sale con, cherche le grand mec noir et baraqué, il parait qu'il lui en reste. Taxer une nouvelle chose, une nouvelle dope, pour pouvoir continuer à affronter les longues heures de la nuit dans cette marée humaine, devant ces enceintes énormes et cette techno qui vous rentre dans les poumons pour vous essorer comme un chiffon humide. Taxer, puis retourner devant le son, comme ils disent, se glisser entre les corps pour se rapprocher de la source du chaos, de l'épicentre du séïsme, de ces basses si profondes que lorsqu'elles résonnent vos pieds décollent automatiquement du sol ; je ferme à demi les yeux, incapable de perdre totalement conscience, et observe ces filles se coller littéralement contre les enceintes, comme des guêpes sur un fruit trop mûr, pâmées et soumises aux vibrations qui leur défoncent les oreilles. Une main sort de la foule et m'attrape le bras pour me rapprocher encore davantage, et je sens toute ma peau de couvrir de vagues, de frissons inexplicables. En collant ma tête contre les enceintes, pleine puissance, je sens ma gorge se mettre à vibrer et mon visage se couvrir d'électricité. Je ferme les yeux, et quand le beat baisse les gens se mettent à hurler, comme dans une montée d'attente insoutenable, jusqu'à ce que le rythme reprennent, toujours aussi puissant et lancinant. Je suis incapable de hurler. Incapable d'émettre le moindre son. Une fois au coeur du chaos cela ne parait pas trop fort, et j'entend même un mec me dire distinctement d'ouvrir les yeux pour regarder les spots, pleine puissance au fond des rétines, mais je ne peux tout simplement rien dire. Ma langue semble collée contre mon palais et devant moi une fille donne un coup de poing à un mec qui la collait un peu trop, et un autre fait de même avec ma soeur alors je me jette sur lui et je cogne, je cogne encore, en rythme et si bien que personne ne le remarque.

Publié dans Dyslexie western

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