La glu t'envellope.

Publié le par Jack Boy

 

Terry Lawson

 

 

Munich, c'était formidable. Terrible, comme dirait ce crétin de Billy Birell. La Fête de la Bière, ça faisait des mois qu'on en rêvait, et il faut bien dire que sans moi tous ces petits traîne-patins n'auraient jamais trouvé la motivation de se bouger le cul. C'est ça leur problème, entre autres choses. Mais quelle idée géniale j'ai eue, pourtant ! La Fête de la Bière, mec ! A Munich ! On s'était jamais barrés de l'Ecosse, c'est pour dire quelle bande de connards on fait. Je sais que c'est aussi pour ça que Carl veut faire DJ, pour se barrer. Il n'a pas arrêté de nous répèter que chez Rolf, un type qui tenait un club à Londres l'avait invité à venir mixer chez lui. Carl ! Dans un club de Londres ! Ce petit con le mérite vraiment, ça ne fait pas de doute. Il a vraiment du talent. C'est même moi qui lui ai trouvé son nom d'artiste : N-SIGN ! La classe, la vraie. Munich, c'était vraiment formidable. Un festival du tonnerre. Les filles paraissent plus exotiques dès qu'on sort de Leith, et les Allemandes étaient vraiment bonnes. Les Anglaises aussi ; il faut dire qu'il y en avait pas mal. Et la bière, mec ! Je sais que ces petits cons avaient un peu laissé tombé la picole, mais je leur ai remis le nez dedans bien comme il faut. C'est ce que j'aime à répéter ; une bonne bière, une bonne chatte et l'homme trouve alors son équilibre. A y réfléchir, il n'y a vraiment eu que Gally pour tout foutre en l'air. Ouais, je sais bien que c'est pas comme si il le voulait, mais il le fait toujours exprès. Quel con, Petit Gally. Lui, il sait pas se contenter de l'équilibre. C'est ce que je lui explique alors qu'on monte dans l'avion du retour, et il lève vers moi ses yeux trop grands, l'air paumé.

 

« Va chier, Lawson. »

 

C'est qu'il a l'air de mauvais poil, Gally. Et je sais pourquoi, et il sait que je sais pourquoi, et c'est pour ça qu'il ose me parler comme ça, le petit merdeux.

 

« Ca va faire bizarre de revoir Edimbourg. » dit Carl en s'asseyant à côté de moi, et je trouve ça complètement stupide dans la mesure ou, comme je l'ai dis avant, on avait jamais quitté Edimbourg de notre vie. On va simplement revenir à nos existences merdiques. Enfin, eux, surtout.

Business Birell soupire pour approuver Carl, et je renifle, un peu méprisant.

 

« Les mecs ! On vient de passer de super vacances ! »

 

Billy relève la tête, et je sais qu'il pense à son match, et à toutes les bières et les ecstas qu'il s'est enfilé, mais personnellement je m'inquiète pas pour lui. Business les envoie toujours tous au tapis, Business est le roi du ring, et ce ne sont pas deux putains de semaines qui y changeront quelque chose.

 

Gally regarde fixement par le hublot, attendant le décollage dans une léthargie passive absolument horrible à voir.

Ils ont tous l'air de penser que Munich avait un but. Que l'on était partis, chacun, avec un objectif, ou, pire encore, avec un objectif commun.

 

Gally a pas à déprimer parce qu'il a pas réussi à choper cette fille. C'est Marcia, la copine de Rolf, le gars chez qui on créchait, qui me l'a dit le soir de la fête. Elle a dit qu'Elsa avait trouvé Gally bizarre, qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Carl, encore complètement bourré, avait expliqué ce matin que Gally voulait pas gâcher sa soirée avec Elsa en baisant avec elle. J'avais pas pu m'empêcher de rigoler. La vérité c'est sûrement qu'il a pas réussi, tout simplement. Je vois pas pourquoi ils se mettent tous autant la pression. C'était juste des putains de vacances ! Moi, par exemple, je me suis fais Marcia. C'était sûrement pas cool parce que c'est la copine de Rolf, mais qu'est-ce que ça peut foutre ?

 

Ce connard de Gally, je vais vraiment finir par croire que ça l'amuse de tout faire foirer. Qu'est-ce qu'il lui a pris, aussi, de monter sur le toit ? D'où est-ce qu'il cherche à jouer les équilibristes ? Cet enfoiré voulait juste se rendre intéressant, il était complètement pété et il a fait peur à tout le monde. J'ai du ouvrir une lucarne pour le tirer à l'intérieur et j'ai bien failli rester coincé. Je devrais faire gaffe à mon ventre, je le sais bien, mais la fête de la bière, c'était pas vraiment le bon moment pour ça.

 

 

 

Carl Ewart

 

 

Dans l'avion, pendant le voyage du retour, je me suis senti assez mal. C'était pas à cause des cachetons ou de l'alcool, mais plutôt d'un sentiment de gêne oppressant qui m'enserrait les tripes à chaque fois que mon regard atterissait sur Gally. Un type génial, Gally, pour sûr. On se connait depuis l'enfance, nos parents étaient potes avant nous et nos enfants s'entendront certainement pareil après nous. Quoi que.. La fille de Gally, c'est vraiment pas de bol quand on y pense, elle sera jamais proche de ma descendance si je me risque à en avoir une un jour. Gally a pété la gueule de sa gosse, sans le vouloir, parce qu'elle était juste derrière lui et qu'avec le recul, son coude lui a défoncé la pomette, alors qu'il voulait en mettre une à Gail qui l'avait bien cherché. C'est fragile, un gosse. Maintenant, Gally a plus le droit de l'approcher. Mais tout ça, c'est sa faute à elle, et tout le monde s'accorde là-dessus, y a pas photo, elle lui a vraiment pourri la vie. Sérieusement, c'est vraiment moche, ce que Gail a fait. Tromper Gally avec cet enfoiré de Polmont.. Normal que mon pote pète un peu les plombs. Il a pas eu de bol, Gally, pas une seule fois quand on y réfléchit bien. Et le pire, c'est sûrement pas cette histoire avec Gail et la gamine.

 

Terry s'amuse à le faire chier comme d'habitude mais Gally l'envoie se faire foutre, et on fait tous semblant de passer à autre chose. Je le sais, moi, pourquoi il a déconné. Je suis le seul à qui il l'ait dit, et il m'a fait promettre de pas le répéter, parce que c'est certain que si Terry était au courant, tous les schemies le seraient aussi en moins de deux. Même Billy, il le trahirait sûrement à un moment ou à un autre. Gally me fait confiance. Il m'a dit qu'il était séropo. Mon pauvre pote, c'est vraiment pas de chance. Il a du se défoncer deux fois dans sa vie, à cause de cette conasse de Gail, et il choppe le virus. Gally, il a jamais eu de chance. Jamais. C'est comme si le bonheur brillait devant lui, attirant, et se soustrayait au dernier moment pour le laisser dans sa merde. Comme si Gally, il avait pas le droit d'être heureux. Comme si c'était réservé aux autres. C'est assez dégueulasse.

 

Je demande des scotchs pour tout le monde à l'hôtesse de l'air, histoire de fêter notre retour. Billy avertit qu'il ne prendra qu'un jus d'orange, et Terry recommence ses sarcasmes à deux ronds, alors qu'il sait très bien que c'est à cause de son match. On pense encore tous à l'épisode de la fête, chez Rolf, et je revoie encore Gally en équilibre sur le toit, les bras tendus de chaque côté de son corps, les yeux exhorbités comme quand il regardait Elsa danser un peu plus tôt. Tout avait pourtant bien commencé. On avait pris de l'ecsta, on avait dansé avec ces filles géniales, Gally était même bien parti avec l'une d'elle. Je pouvais que lui souhaiter de s'éclater après tout ce qu'il avait vécu, on était quand même en vacances, merde. Pourtant, il a eu besoin de faire ça. Son petit numéro. Il est chiant. Toute l'ambiance a été pourrie d'un coup quand il a faillit se tuer, et on est tous allés se coucher. Je crois qu'au fond, il a toujours eu besoin qu'on le remarque. Encore plus que n'importe qui, je veux dire. Chez lui ça dépasse tout. Et c'est incroyable parce qu'il se déteste, mais c'est comme s'il voulait se montrer pour qu'on le déteste nous aussi. Pour l'aider à sombrer. C'est à cause de ce putain de virus qu'il a pas voulu coucher avec Elsa. Gally, c'est vraiment un type bien. C'est encore un truc à noter sur le tableau de son malheur, mais les connards comme Terry ne le comprendront jamais.

 

Je sirote mon verre et je me demande à quoi vont ressembler les prochaines semaines. Par le hublot, les nuages grisâtres s'éfilochent et je pense à Londres. C'est décidé, je vais me barrer. Je vais aller mixer dans la cour des grands. Il y a des occasions qu'il faut pas rater dans une vie, et je crois que c'en est une.

Publié dans Dyslexie western

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