Go play Haylie Baby, Daddy's busy

Publié le par Nathan

Sérieusement, ça ne pouvait plus durer. Trop, au bout d'un très long moment, ça devenait vraiment trop.

 

C'est une phrase qui pourrait bien se placer dans un contexte sexuel avec de la dentelle et des cordes qui attachent tes mains aux barreaux du lit et une femme qui remue ses seins au-dessus de ta bite, mais là, ça n'avait vraiment rien à voir, puisqu'il s'agit de Mike. Enfin si on remonte à très loin, ça a peut-être quand même un rapport ; après tout les gosses, ça part toujours d'un truc sexuel. Mais quand on les regarde plus tard, on retient jamais cet aspect marrant de leur existence. Ca s'oublie très vite. Je me souviens plus de la fois où j'ai lâché le jus qui a donné naissance à Mike. Peut-être que la décharge suivante aurait donné un meilleur résultat. En tout cas, Mike, il me brise les couilles, ce qui est un truc tout à fait ingrat quand on sait que c'est en quelque sorte sa Mère patrie. Je viens de prévenir à nouveau le serveur que je lui avais commandé un Sunday, mais ça traîne et Mike commence à s'agiter, parce que c'est ça les gosses, surtout, ça sait pas attendre. Peut-être que c'est que le mien. Là, en tout cas, il se donne du mal, le salaud. Et que je pigne sans arrêt, et que j'emmerde le monde alors que mon fantastique père - moi - a daigné m'emmener dans un des endroits les plus branchés de l'Upper East Side pour me payer une glace pendant qu'il discute d'un contrat super sérieux avec un connard de la finance.

Il faut dire, c'est cette connasse de Jen qui l'a élevé, en grande partie ; ça explique tout. S'il avait été avec moi dès le départ - seigneur, je n'ose même pas envisager ce truc -, maintenant ça serait sûrement un petit gars impeccable avec une minuscule chemise Ralph Lauren Enfants et le dernier gadget à la mode au fond de la poche. Au moins il aurait de quoi s'occuper, alors que là, c'est limite si je l'ai pas récupéré à poil. Son sac était vide - un t-shirt de rechange et une paire de chaussettes. Peut-être que c'est Jen qu'on devrait rééduquer.

 

- Ton Sunday arrive, je grimace à Mike alors que Nolan Williams tapote sur la table avec son stylo. Je l'ai coupé dans sa tirade et c'est assez malpoli, mais Mike donnait dans la table des coups de pieds qui résonnaient dans toute la salle comme une masse sur un gong.

 

- Bien, reprend Williams en baissant brièvement les yeux vers mon fils. En définitive, puisque vous ne semblez pas saisir la situation, je vais être clair : on réduit les parts de 46% d'ici au prochain trimeste.

 

- 46% ? je répète, et je n'ai pas besoin de faire le calcul pour savoir que c'est une catastrophe. Toutes ces histoires d'argent, vraiment, je me demande parfois pourquoi on en fait des caisses. Cela doit pourtant avoir une véritable importance, puisque je sens des larmes de désespoir poindre au coin de mes yeux, et quelques secondes plus tard je suis agenouillé devant Williams, en train de le supplier à grands renforts de gargouillis et de pleurnicheries écoeurants, prêt à me rouler sur la moquette en aboyant s'il me le demandait. Il n'en fait rien et range définitivement son stylo dans son habitacle - clic - avant de se lever et de remettre son manteau. Au même instant le serveur dépose le sunday tant attendu devant Mike, qui s'est mis à pleurer en me voyant me traîner par terre ; mon fils attrape sa cuillère, fait jouer la grâce de ses trois ans et balance une bonne couche de glace à la pêche derrière la tête impeccablement rasée de Williams, qu'on voit très nettement frissonner de dégoût. Je l'aurais presque embrassé, ce petit con. Mais Williams me décoche un "au revoir" sans appel, un au-revoir puant tellement les tribunaux, la faillite et la ruine qu'après sa sortie du restaurant, je me tourne vers Mike et lui balance une putain de baffe en pleine gueule. La belle baffe, hein, un grand balayage qui brasse l'air de Nord-Est en Sud-Ouest, avec les oreilles de mon fils qui deviennent aussitôt cramoisies et ses yeux qui en oublient totalement de chialer.

 

PAN DANS TA GUEULE !

 

Il reste là, perché entre deux sentiments.

Je me rassieds et je plante ma tête dans mes mains, le temps que tous les visages qui nous observaient retrouvent leurs axes de départ, face à leurs tables respectives. Alors oui, vraiment, tout ça était devenu trop chiant et insupportable. J'aurais bien envie d'expliquer à Mike que rien n'est juste dans la vie, et qu'il est déjà temps pour lui qu'il le comprenne, mais il semble déjà être passé à autre chose et je le regarde un moment mettre le nez dans sa glace fondue, me demandant si Mike est une métaphore de ma vie ou si je suis une métaphore de la sienne.

 

Jen et moi, on l'a quand même appellé Mike Jr. Ca devrait vouloir dire quelque chose ?

Publié dans Dyslexie western

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zofia 12/03/2012 21:23

J'aime bien, y a un avant ou un après ?

Nathan 12/03/2012 21:29



Et non !